Témoignages sur Jésus et les premiers chrétiens

Flavius Josèphe (37-100 ap. J.-C.)

Antiquités juives, livre XVIII
« Or, il y avait des Juifs pour penser que, si l’armée d’Hérode avait péri, c’était par la volonté divine et en juste vengeance de Jean surnommé Baptiste. En effet, Hérode l’avait fait tuer, quoique ce fût un homme de bien et qu’il excitât les Juifs à pratiquer la vertu, à être justes les uns envers les autres et pieux envers Dieu pour recevoir le baptême ; car c’est à cette condition que Dieu considérerait le baptême comme agréable, s’il servait non pour se faire pardonner certaines fautes, niais pour purifier le corps, après qu’on eût préalablement purifié l’âme par la justice. Des gens s’étaient rassemblés autour de lui, car ils étaient très exaltés en l’entendant parler. Hérode craignait qu’une telle faculté de persuader ne suscitât une révolte, la foule semblant prête à suivre en tout les conseils de cet homme. Il aima donc mieux s’emparer de lui avant que quelque trouble se fût produit à son sujet, que d’avoir à se repentir plus tard, si un mouvement avait lieu, de s’être exposé à des périls. A cause de ces soupçons d’Hérode, Jean fut envoyé à Machaero, la forteresse dont nous avons parlé plus haut, et y fut tué. Les Juifs crurent que c’était pour le venger qu’une catastrophe s’était abattue sur l’armée, Dieu voulant ainsi punir Hérode. »

Ibidem, livre XX
« Anan le jeune, qui, comme nous l’avons dit, reçut le grand-pontificat, était d’un caractère fier et d’un courage remarquable ; il suivait, en effet, la doctrine les Sadducéens, qui sont inflexibles dans leur manière de voir si on les compare aux autres Juifs, ainsi que nous l’avons déjà montré. Comme Anan était tel et qu’il croyait avoir une occasion favorable parce que Festus était mort et Albinus encore en route, il réunit un sanhédrin, traduisit devant lui Jacques, frère de Jésus appelé le Christ, et certains autres, en les accusant d’avoir transgressé la loi, et il les fit lapider. Mais tous ceux des habitants de la ville qui étaient les plus modérés et les plus attachés à la loi en furent irrités et ils envoyèrent demander secrètement au roi d’enjoindre à Anan de ne plus agir ainsi, car déjà auparavant il s’était conduit injustement.»

Ibidem, livre XVIII
« Vers le même temps vint Jésus, homme sage, [si toutefois il faut l’appeler un homme]. Car il était un faiseur de miracles et le maître des hommes qui reçoivent avec joie la vérité. Et il attira à lui beaucoup de Juifs et beaucoup de Grecs. [C’était le Christ]. Et lorsque sur la dénonciation de nos premiers citoyens, Pilate l’eut condamné à la crucifixion, ceux qui l’avaient d’abord chéri ne cessèrent pas de le faire, [car il leur apparut trois jours après ressuscité, alors que les prophètes divins avaient annoncé cela et mille autres merveilles à son sujet]. Et le groupe appelé d’après lui celui des Chrétiens n’a pas encore disparu. »
-> Il est généralement admis par les historiens que si ce dernier texte n’est pas dans sa forme authentique, il parle réellement de Jésus. Selon le spécialiste Joseph P. Meier, il ommettrait vraisemblablement les passages entre crochets.
https://tinyurl.com/flaviusjosephe ; https://www.wikiwand.com/en/Josephus_on_Jesus#/Testimonium_Flavianum_3

Suétone (69-122 ap. J.-C.)

Vie de Claude, chapitre XXV
« Il chassa de la ville les Juifs qui se soulevaient sans cesse à l’instigation d’un certain Chrestus. »

Vie de Néron, chapitre XVI
« Sous son règne, beaucoup d’abus furent sévèrement réprimés et punis; beaucoup de règlements furent également établis pour les prévenir. […] Il livra aux supplices les Chrétiens, race adonnée à une superstition nouvelle et coupable. »

Tacite (56-120 ap. J.-C.)

Annales, livre XV, chapitre XLIV
« Mais aucun moyen humain, ni largesses impériales, ni cérémonies expiatoires ne faisaient taire le cri public qui accusait Néron d’avoir ordonné l’incendie. Pour apaiser ces rumeurs, il offrit d’autres coupables, et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d’hommes détestés pour leurs abominations et que le vulgaire appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus. Réprimée un instant, cette exécrable superstition se débordait de nouveau, non-seulement dans la Judée, où elle avait sa source, mais dans Rome même, où tout ce que le monde enferme d’infamies et d’horreurs afflue et trouve des partisans. On saisit d’abord ceux qui avouaient leur secte ; et, sur leurs révélations, une infinité d’autres, qui furent bien moins convaincus d’incendie que de haine pour le genre humain. On fit de leurs supplices un divertissement : les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par des chiens ; d’autres mouraient sur des croix, ou bien ils étaient enduits de matières inflammables, et, quand le jour cessait de luire, on les brûlait en place de flambeaux. »

Pline le Jeune (61-113 ap. J.-C.)

Correspondances, livre X, lettres 97 et 98
« PLINE A L’EMPEREUR TRAJAN
Je me fais une religion, seigneur, de vous exposer tous mes scrupules ; car qui peut mieux, ou me déterminer, ou m’instruire ? Je n’ai jamais assisté à l’instruction et au jugement du procès d’aucun chrétien. Ainsi je ne sais sur quoi tombe l’information que l’on fait contre eux, ni jusqu’où l’on doit porter leur punition. J’hésite beaucoup sur la différence des âges. Faut-il les assujettir tous à la peine, sans distinguer les plus jeunes des plus âgés ? Doit-on pardonner à celui qui se repent ? ou est-il inutile de renoncer au christianisme quand une fois on l’a embrassé ? Est-ce le nom seul que l’on punit en eux ? ou sont-ce les crimes attachés à ce nom ? Cependant voici la règle que j’ai suivie dans les accusations intentées devant moi contre les chrétiens. […] Ils assuraient que toute leur erreur ou leur faute avait été renfermée dans ces points : qu’à un jour marqué, ils s’assemblaient avant le lever du soleil, et chantaient tour à tour des vers à la louange de Christ, comme s’il eût été dieu ; qu’ils s’engageaient par serment, non à quelque crime, mais à ne point commettre de vol, ni d’adultère ; à ne point manquer à leur promesse ; à ne point nier un dépôt : qu’après cela ils avaient coutume de se séparer, et ensuite de se rassembler pour manger en commun des mets innocents ; qu’ils avaient cessé de le faire depuis mon édit, par lequel, selon vos ordres, j’avais défendu toutes sortes d’assemblées. […]»

Épictète (55-135 ap. J.-C.)

Entretiens, livre IV, chapitres 5 et 6
« Mais alors, si quelqu’un arrivait devant le tyran, sans tenir absolument à vivre ou à mourir, mais prêt à l’un ou à l’autre, suivant l’événement, qu’est-ce qui l’empêcherait de s’y présenter sans crainte? — Rien. — Eh bien ! si nous avions à l’endroit de notre fortune, de nos enfants, de notre femme, les sentiments de cet homme à l’endroit de son corps; ou si, simplement par égarement et par désespoir, nous nous trouvions dans une disposition d’esprit telle qu’il nous fût indifférent de les conserver ou de ne pas les conserver […] qu’aurions-nous à redouter de ses gardes et de leurs épées ? Voilà donc un homme que la folie peut mettre dans ces dispositions comme l’habitude y met les Galiléens. »

Marc Aurèle (121-180 après J.-C.)

Pensées, livre XI, chapitre 3
« Que doit être l’âme qui sait être toute preste au moment où, nécessairement délivré du corps, notre être doit enfin s’éteindre, ou se disperser, ou subsister éternellement ? Quand je dis que l’âme est prête, j’entends que cette fermeté doit venir de notre propre jugement, et sans être la suite d’une injonction étrangère, comme pour les Chrétiens ; il faut que ce soit un acte réfléchi, grave et assez sérieux pour provoquer l’imitation et la foi des autres, sans aucune prétention dramatique. »

Galien (130-210 ap. J.-C.)

De la variété des pouls, III
« Il serait bien préférable de proposer une démonstration, fût-elle peu sûre, mais du moins une argumentation suffisante du point de vue de la raison, sur les huit qualités, afin que, dès les tous premiers principes, on n’entende pas parler de lois indémontrables, à l’instar de celui qui se met à l’école de Moïse et de Christ, pour des questions où c’est le moins approprié. »

Abrégé des dialogues platoniciens
« La plupart des gens sont incapables de suivre de manière régulière une quelconque démonstration rationnelle; aussi ont-ils besoin de paraboles et en tirent-ils profit – et lui [Galien] entend par paraboles les fictions concernant récompenses et punitions dans la vie future -, tout comme de nos jours nous voyons les gens appelés chrétiens tirer leur foi de paraboles, et cependant agir parfois de la même manière [que ceux qui pratiquent la philosophie]. Car leur mépris de la mort, nous l’avons chaque jour sous les yeux, et pareillement ils font preuve de retenue en matière sexuelle. En effet, ils comptent parmi eux non seulement des hommes, mais aussi des femmes qui s’abstiennent de relations sexuelles toute leur vie ; et il en est aussi qui, en matière et de contrôle de soi ainsi que de zèle rigoureux, en sont arrivés au point de ne céder en rien aux vrais philosophes. »

Celse (IIème siècle), cité par Origène

Contre Celse, Livre IV
« Et en disant que nous affirmons que [Dieu] est descendu, et les juifs qu’il descendra [sur terre] comme juge, [Celse] pense par là nous accuser de la doctrine la plus honteuse, et qui ne mérite même pas une longue réfutation. Il ajoute : «Quel sens y aurait-il pour Dieu de descendre [sur terre] ? Serait-ce pour y apprendre ce qui se passe chez les hommes ? Mais ne sait-il pas tout ? Et s’il sait, il ne le corrige pas ? En est-il incapable en usant de sa puissance divine, sans envoyer quelqu’un corporellement ? […] Mais si Dieu descend en personne chez les hommes, il abandonne son siège […]; et si l’on change le moindre élément dans le monde, tout part à la débâcle. »

Ibidem, Livre I
« [Celse] accuse par la suite le Sauveur d’avoir pu accomplir par magie ce qui passait pour des miracles; et prévoyant que d’autres allaient eux aussi connaître les mêmes procédés et accomplir les mêmes actes, en se glorifiant d’agir par la puissance de Dieu, Jésus les chasse de sa société. »
« La mère de Jésus a été chassée par le charpentier qui l’avait demandée en mariage, convaincue d’adultère et enceinte d’un soldat du nom de Panther. » (chose qu’il tient des juifs)

Lucien de Samosate (120-180 ap. J.-C.)

La mort de Pérégrinos, chapitres 11 à 13

« C’est à cette époque qu’il décida de s’imprégner des préceptes de l’admirable religion des chrétiens : il se rendit alors en Palestine et se mêla à leurs prêtres et à leurs scribouilleurs. Que te dire de plus, sinon que ce sinistre individu leur reprocha d’être passablement infantiles. Très vite, il en fit d’obéissants écoliers, se proclama leur prophète, leur thiasarque, leur chef de synagogue, bref, il s’octroya tous les pouvoirs, se proposant d’analyser leurs livres saints, les décortiquant à satiété, rajoutant même des textes de son cru. Tant et si bien que les chrétiens le regardèrent comme un pontife ; il finit même par se hausser au niveau de celui que l’on avait adoré en Palestine et qui subit là-bas le supplice de la croix, coupable, aux yeux de ses semblables, d’avoir inventé de nouveaux mystères pour l’humanité.
[…]
Ces pauvres chrétiens se croient immortels et s’imaginent que l’éternité les attend. Ils se moquent pas mal des supplices et se jettent avec courage dans les bras de la mort. Celui qui fut leur législateur les convainquit que tous les hommes étaient frères. Une fois convertis, ils mettent au rebut les dieux des Grecs, pour vénérer ce sophiste mis en croix dont ils suivent à la lettre les moindres préceptes. Les biens et les richesses leur font horreur, et ils partagent tout, se conformant à une tradition sans fondement doctrinal. »

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